À l’occasion de la Journée mondiale du théâtre célébrée chaque 27 mars, des voix s’élèvent dans l’Est de la République démocratique du Congo pour rappeler le rôle essentiel de cet art dans un contexte marqué par les conflits et les fractures sociales. À Bukavu, des acteurs culturels plaident pour la redynamisation du théâtre comme espace de dialogue, de guérison et de cohésion communautaire.
Contacté par la rédaction de La Prunelle RDC, Bulangalire Espoir, connu sous le nom de scène Hope Alfred, dramaturge, comédien et responsable de la compagnie théâtrale Monartral, décrit le théâtre comme un véritable levier de transformation sociale.
« Dans un pays traversé par des incertitudes, des conflits et des silences imposés, le théâtre demeure un acte de résilience et de résistance », affirme-t-il.
Selon lui, le théâtre va bien au-delà d’une simple scène ou d’un texte récité. Il constitue « un espace fragile et puissant où l’humain se regarde, se confronte et se réinvente », une parole vivante qui refuse de s’éteindre malgré les crises.
Malgré son importance, le théâtre fait face à plusieurs défis dans la ville de Bukavu, au Sud-Kivu. Parmi les obstacles évoqués : le désintérêt progressif du public, le manque de partenariats, ainsi qu’un déficit de professionnalisation chez certains acteurs.
« Le théâtre a été longtemps oublié », regrette Espoir Bulangalire, qui souligne néanmoins les efforts en cours pour relancer cette discipline artistique.
Face à ces défis, la compagnie Monartral s’investit dans la formation de nouveaux comédiens. Une initiative jugée essentielle pour redonner vie au théâtre local.
« Nous avons commencé à former des comédiens capables de jouer, parce qu’il n’y en avait pas assez. Aujourd’hui, un noyau d’acteurs existe déjà et permet au théâtre de revivre progressivement », explique-t-il.
Pour Hope Alfred, le théâtre joue également un rôle crucial dans la dénonciation des injustices sociales et la libération de la parole au sein des communautés.
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« Jouer, c’est exister devant les autres. Écouter, c’est reconnaître l’autre comme semblable », souligne-t-il.
Dans une région marquée par des tensions, cet art apparaît comme un pont entre les individus, favorisant le dialogue, la réflexion et le vivre-ensemble.
Enfin, l’artiste lance un appel à la population et aux acteurs locaux à accorder davantage d’importance au théâtre, non seulement comme moyen d’expression, mais aussi comme outil de bien-être.
« Le théâtre aide à déstresser, mais surtout à apprendre une autre manière de vivre ensemble », conclut-il.

