À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les discours de haine, célébrée chaque 18 juin, plusieurs acteurs rappellent que les mots peuvent être des vecteurs de division, mais également des outils de paix et de cohésion sociale. Pour l’édition 2026, placée sous le thème « La force des partenariats dans la lutte contre les discours de haine », les organisations La Benevolencija et La Prunelle RDC asbl mettent en avant la nécessité d’une mobilisation collective pour prévenir les violences et promouvoir le vivre-ensemble.
Actives en République démocratique du Congo, particulièrement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les deux organisations développent des approches complémentaires visant à lutter contre la désinformation et les discours haineux.
Depuis plusieurs années, La Benevolencija mène des actions de sensibilisation auprès des populations à travers des productions médiatiques telles que le feuilleton Kumbuka Kesho et le sketch L’Écho qui fait la panique, diffusé sur Radio Okapi. À travers ces contenus, l’organisation alerte sur les dangers du tribalisme, de la désinformation et des discours manipulateurs susceptibles d’alimenter les conflits et les violences de masse.
Pour y faire face, La Benevolencija mise sur la promotion de récits positifs et de personnages incarnant la paix et la cohésion sociale. Son nouveau sketch, Notre Congo, rappelle que chaque individu, quelle que soit son origine ethnique ou sa nationalité, demeure avant tout un être humain digne de respect.
En parallèle, l’organisation organise des rencontres réunissant jeunes, leaders communautaires et autorités locales afin de mieux comprendre les mécanismes des discours de haine et d’identifier des réponses adaptées.
« Nous encourageons chacun à faire preuve d’esprit critique face aux discours manipulateurs diffusés par des acteurs mal intentionnés », souligne l’organisation, estimant que l’éducation et le dialogue constituent des leviers essentiels pour rompre le cycle de la violence.
De son côté, La Prunelle RDC asbl met l’accent sur la responsabilité collective dans la lutte contre les discours de haine, particulièrement dans l’espace numérique. Sa directrice exécutive, Claudine Kitumaini Hamuli, rappelle que ces discours ne sont jamais anodins.
« Les discours de haine déshumanisent, divisent les communautés et peuvent ouvrir la voie à des violences graves », avertit-elle.
Avec l’appui de la Fondation Roi Baudouin et du Fonds Kris Berwouts, l’organisation a développé Peace Guardian, une application utilisant les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle pour détecter les contenus haineux, vérifier les informations et promouvoir des récits favorables à la paix.
« Avec Peace Guardian, nous voulons démontrer que la technologie et l’intelligence artificielle peuvent être mises au service de la cohésion sociale », explique Claudine Kitumaini.
La Prunelle RDC asbl plaide également pour un renforcement des partenariats entre les gouvernements, les médias, les organisations de la société civile, les entreprises technologiques et les citoyens.
« Aucun acteur ne peut relever ce défi seul. La force des partenariats est essentielle. Nous devons unir nos efforts pour bâtir un espace numérique fondé sur la vérité, la responsabilité et le respect mutuel », insiste la directrice exécutive.
Elle rappelle par ailleurs le rôle central des jeunes, conformément à la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui doivent être accompagnés afin de devenir des ambassadeurs de contre-discours positifs.
Dans une région des Grands Lacs marquée par des tensions identitaires et la prolifération de la désinformation, les initiatives de La Benevolencija et de La Prunelle RDC convergent vers un objectif commun : prévenir les violences et protéger la dignité humaine.
« La haine peut être combattue grâce à l’éducation, au dialogue et à des partenariats solides », souligne Claudine Kitumaini Hamuli, tandis que La Benevolencija insiste sur la nécessité de déconstruire les manipulations et de promouvoir le vivre-ensemble.
À travers leurs actions, les deux organisations démontrent que les mots peuvent également servir à guérir les blessures, rapprocher les communautés et construire la paix.
Edith Kazamwali et Brigitte Furaha

