À l’occasion de la Journée internationale du fact-checking, célébrée chaque 2 avril, une innovation majeure vient renforcer la lutte contre la désinformation dans la région des Grands Lacs. L’organisation La Prunelle RDC asbl a officiellement présenté “Peace Guardian”, une plateforme citoyenne dédiée à la détection des fausses informations et des discours de haine, avec l’appui du Fonds Kris Berwouts et de la Fondation Roi Baudouin.
Pensée comme un outil technologique au service de la paix, cette application va au-delà du fact-checking classique. Elle s’attaque directement à l’un des moteurs des violences dans la région : la propagation de discours haineux, souvent véhiculés à travers des fausses informations diffusées sur les réseaux sociaux et les applications de messagerie.
Dans la région des Grands Lacs (qui regroupe notamment la RDC, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya ou encore le Sud-Soudan) la désinformation constitue un facteur aggravant des tensions communautaires. Selon des données de l’UNESCO reprises dans le dossier du projet, plus de 60 % des conflits récents dans cette zone ont été exacerbés par des fausses informations circulant en ligne.
Ces contenus, souvent relayés via WhatsApp ou Facebook, se propagent plus rapidement que les démentis officiels et peuvent entraîner des conséquences graves : violences intercommunautaires, déplacements forcés, voire des attaques ciblées basées sur des rumeurs.
Face à cette menace, « Peace Guardian » propose une réponse innovante et accessible à tous. L’application, disponible sur smartphone, permet aux citoyens de vérifier la fiabilité d’une information en quelques secondes, détecter les discours haineux grâce à une analyse basée sur l’intelligence artificielle, signaler les contenus dangereux aux administrateurs et, si nécessaire, aux autorités, accéder à des informations fiables issues de sources vérifiées ou encore renforcer leur esprit critique face aux contenus numériques.
L’un des éléments clés de la plateforme est son système d’analyse de toxicité, capable d’évaluer le niveau de dangerosité d’un message en identifiant les insultes, les menaces ou encore les attaques identitaires. Les contenus jugés particulièrement dangereux peuvent être signalés immédiatement.
Au-delà de l’usage individuel, l’application ambitionne de créer un véritable réseau de vigilance citoyenne. Les signalements collectés permettent de dégager des tendances sur la circulation des discours de haine, fournissant ainsi aux acteurs de la société civile et aux institutions des données utiles pour anticiper les risques.
L’objectif affiché est notamment de réduire significativement la propagation des contenus haineux dans les zones pilotes et de renforcer la résilience des communautés face à la manipulation de l’information.
Conçue pour fonctionner même dans des zones à faible connectivité, « Peace Guardian » est accessible en plusieurs langues, dont le français, l’anglais et le swahili, afin de toucher un large public dans la région.
Elle intègre également des fonctionnalités de vérification d’images et de vidéos, souvent utilisées pour manipuler l’opinion publique, ainsi qu’un système de diffusion d’informations fiables pour contrer les rumeurs.
En cette Journée internationale du fact-checking, le lancement de « Peace Guardian » met en lumière l’importance croissante de la lutte contre la désinformation comme levier de prévention des conflits.
Dans un contexte où une simple rumeur peut rapidement embraser des communautés entières, l’accès à une information fiable et la capacité à détecter les discours de haine apparaissent comme des outils essentiels pour préserver la paix, la cohésion sociale et la stabilité dans la région des Grands Lacs.
« Ensemble, bâtissons la paix dans nos communautés », souligne Claudine Kitumaini, Directrice Exécutive de La Prunelle RDC asbl, qui a présenté l’application à quelques acteurs et partenaires.
Elle a appelé d’autres partenaires techniques et financiers à soutenir la vulgarisation de cette application, en République démocratique du Congo, dans un premier temps.

